Alexandrine Sicre

Alexandrine Sicre, votre naturopathe à Maisons-Laffitte, Sartrouville

Le jeûne : effet de mode ou véritable thérapie ?

Article proposé par Pause Naturo

Le jeûne thérapeutique est une privation volontaire de nourriture qui peut se faire sur une durée allant de 24 heures à plusieurs dizaines de jours.

Plutôt mal connu et mal accepté en France, le jeûne est pourtant très pratiqué dans certains pays tels que l’Allemagne ou la Russie, sous l’égide d’instances officielles (en Allemagne les cures de jeûne sont remboursées par la sécurité sociale). Il ne s’agit donc pas d’une pratique sectaire réservée à quelques illuminés, mais d’une méthode thérapeutique simple et très efficace, dont la pratique est légitimée par de plus en plus d’études scientifiques.

En réalité, notre corps serait bien plus adapté au jeûne qu’à l’absence de jeûne (Professeur Andreas Michalsen).

L’intérêt du jeune

Prendre de la distance avec la nourriture et se sevrer des addictions

De nos jours, le fait de jeûner peut paraitre angoissant car l’homme moderne s’est habitué à avoir accès en permanence à la nourriture dont il a besoin, et a même tissé un lien de dépendance émotionnelle avec son alimentation. Trop de stress au travail, une déception sentimentale, une contrariété familiale ? Nous trouvons du réconfort (mais malheureusement pas de solution !) dans une tablette de chocolat, une bière, un paquet de chips… Sans parler du formatage sociétal qui nous impose 3 repas par jours, sans lesquels nous sommes persuadés de courir vers le malaise. Ainsi, même quand la sensation de faim est absente, l’homme tel un robot continue de s’alimenter.

Le fait de jeûner peut donc permettre aux personnes qui se reconnaîtront dans le paragraphe précédant de prendre conscience qu’on peut se passer de nourriture pendant un certain temps sans être terrassé de malaises, et de développer leur autonomie émotionnelle vis à vis de la nourriture.

J’entretenais moi-même une grande dépendance avec la nourriture et ne pouvais pas aller prendre le train sans m’équiper de 2 ou 3 paquets de gâteaux ou de chips, un sandwich et 1 litre d’eau. Suite à un jeûne de 3 jours, je peux maintenant voyager avec uniquement une bouteille de 50 cL d’eau.

Détoxification

En temps normal, nous effectuons entre 2 et 4 repas par jour (parfois 10 ou 20 dans le cas de grignotage). Le travail digestif qui s’ensuit monopolise donc une bonne partie de notre énergie vitale et occupe nos organes. Lors du jeûne, l’énergie vitale est libérée du travail digestif et c’est tout naturellement que nos organes vont récupérer ce regain d’énergie pour un auto-nettoyage.

Ainsi, on observe rapidement lors du jeûne (de quelques heures à 2-3 jours) des manifestations de cet auto-nettoyage, car les toxines corporelles vont être évacuées hors du corps : urines qui se foncent, transpiration plus abondante et odorante, haleine chargée, langue chargée, nausées, vomissements, migraine, etc. Bien que désagréables, ces symptômes doivent être accueillis avec joie car ils signent votre retour vers une meilleure santé.

Amélioration de l’activité immunitaire

Le jeûne existe depuis la nuit des temps car c’est tout naturellement qu’animaux et hommes cessent de manger lorsqu’ils sont malades. Dans ce cas précis, c’est « l’intelligence vitale » de l’organisme qui choisit de consacrer l’énergie au système immunitaire et à la détoxification plutôt qu’au système digestif, coupant la sensation de faim (il est d’ailleurs important de ne pas forcer les enfants à manger lors de maladies aiguës, un peu de bouillon étant suffisant).

Ainsi, le jeûne améliore grandement l’activité immunitaire et devrait être pratiqué systématiquement en cas de maladie aigüe (sauf contre-indications).

Pathologies : autolyse des tissus malades et activation de mécanismes d’auto-régulation

Un autre intérêt majeur du jeûne est l’autolyse des tissus malades. En effet, en l’absence de nourriture, l’organisme va continuer à s’alimenter en piochant dans ses réserves, mais « l’intelligence vitale » va diriger cette recherche de nutriments vers les tissus malades, abîmés, effectuant là aussi une forme de nettoyage. En parallèle, des mécanismes bénéfiques d’auto-régulation hormonale, qui étaient en dormance, vont être activés en raison du stress provoqué par le jeûne (à condition que le jeûneur ait la vitalité nécessaire à l’activation de ces mécanismes).

Ainsi, les Professeurs Kokosov et Maximov, médecins militaires mandatés par le ministère russe de la santé pour mener une étude sur l’intérêt du jeûne, ont pu établir suite à leur travail sur des milliers de patients une liste d’indications pour jeûner : pathologie des bronches, pathologies cardio-vasculaires, pathologies digestives, pathologies endocriniennes, pathologies articulaires, pathologies osseuses, pathologies de la peau. Les résultats les plus courants obtenus lors de jeûnes longs sont des améliorations (voire des rétablissements) de : fibromyalgie, eczéma, hypertension, asthme et schizophrénie.

De même en Allemagne, le Professeur Andreas Michalsen a mesuré des paramètres physiologiques chez les jeûneurs et a observé une augmentation des taux de sérotonine (avec pour conséquence une amélioration de l’humeur), une diminution de la douleur et une meilleure sensibilité des récepteurs à l’insuline, attestant des bénéfices du jeûne dans de multiples pathologies.

Ainsi, le jeûne propose une alternative à la médicamentation lourde, ou simplement un accompagnement aux traitements, permettant à la fois à l’organisme de mieux supporter l’intoxication médicamenteuse, d’améliorer l’activité du système immunitaire, de digérer une partie des tissus malades et de réactiver certaines fonctions.

Perte de poids

La perte de poids est une conséquence du jeûne mais ne devrait absolument pas être, selon moi, une motivation pour jeûner. Il y a plusieurs risques dans cette démarche : vivre très mal le jeûne, faire une sortie de jeûne brutale (cf. Sortir du jeûne) et enfin surcompenser l’absence de nourriture en se ruant sur les pires aliments pour tenter de calmer un cerveau et un corps frustrés, avec pour conséquence une prise de poids supérieure au poids perdu pendant le jeûne.

Jeûne court ou jeûne long ?

Tout dépend de votre objectif et de votre expérience. Si vous êtes inexpérimenté, que vous jeûnez seul et que vous le faites pour vous détoxifier, je vous conseille de commencer par des jeûnes d’une journée, ou éventuellement de la monodiète.

Si vous être malade chronique, le jeûne long peut être intéressant, mais il faut qu’il soit préparé. Un encadrement est recommandé s’il s’agit d’un premier jeûne, et un suivi médical est impératif pour certaines pathologies.

Jeûne et cancer

Les études mondialement connues du Docteur Valter Longo menées à l’université de Californie du Sud sur les souris montrent que le jeûne protège des effets secondaires de la chimiothérapie (Starvation-dependent differential stress resistance protects normal but not cancer cells against high-dose chemotherapy, Raffaghello L, Lee C, Safdie FM, Wei M, Madia F, Bianchi G, Longo VD.).

Suite à ces travaux sur la souris, des études menées sur des hommes ont montré que la chimiothérapie était beaucoup mieux tolérée lorsqu’un jeûne de 5 jours avait précédé le traitement (Fernando Mac Safdie et al., Fasting and cancer treatment in humans : a case series report). Les symptômes tels que fatigue, nausées, faiblesse et migraines avaient été réduits significativement.

En parallèle, les cellules cancéreuses tolèrent mal l’absence de glucose et de facteurs de croissance liée au jeûne, ce qui ralentit leur croissance. De plus, le jeûne va modifier leur expression génique avec pour conséquence une altération de leur système de protection, les rendant plus sensibles à la chimiothérapie. Ainsi, le jeûne permettrait de diminuer les effets secondaires de la chimiothérapie tout en améliorant son efficacité.

Jeûne et activité physique

L’intérêt du jeûne réside grandement dans la libération d’énergie vitale par l’arrêt des fonctions digestives. Cette énergie « supplémentaire » doit permettre entre autre la mise en route de la détoxification. Or, les activités physiques intenses sont de grandes consommatrices d’énergie et limiteraient les processus de détoxification. Je suis donc opposée au principe de cumuler le jeûne avec des activités sportives.

Préparer le jeûne

Plus un jeûne est anticipé, mieux il se passera. En effet, il est important de commencer une détoxification progressive et de diminuer la consommation de certains types d’aliments et boissons (produits laitiers, café…), sinon c’est avec un foie engorgé que vous commencerez votre jeûne, et la crise curative qui survient en général au 3ème jour de jeûne risque d’être violente. De plus, il est préférable de se vider les intestins avant de jeûner car l’élimination des toxines, qui se fait en grande partie par voie intestinale, serait limitée ou bloquée par des intestins « pleins ».

De surcroît, pour les personnes n’ayant jamais jeûné et ayant l’angoisse de jeûner, il me semble intéressant de commencer par des monodiètes qui permettront d’apprivoiser la « non abondance » alimentaire et d’appréhender en douceur les différents symptômes de la détoxification.

Je conseille de préparer un jeûne intermédiaire ou long (à partir de 4 jours de jeûne environ) 3 semaines avant.

La crise curative pendant le jeûne

Le jeûne provoque une détoxification de l’organisme. Chez certains, surtout si le jeûne n’a pas été préparé correctement, la détoxification se fait massivement et s’ensuivent tout un tas de symptômes plus ou moins prononcés que l’on appellera crise curative ou crise d’acidose et qui survient en général le 3ème jour.

Parmi les symptômes les plus fréquents on note : éruption cutanée, nausée, vomissements, diarrhée, migraine, etc.

NB : une crise curative peut être le signe d’un jeûne qui n’a pas été suffisamment préparé, mais peut également être le signe d’un organisme disposant de beaucoup de vitalité, qui va éliminer les toxines avec beaucoup de puissance.

Sortir du jeûne

De même que l’entrée dans le jeûne se prépare, la sortie doit se faire avec beaucoup de précaution. En effet, pendant plusieurs jours, l’organisme s’est adapté à l’absence de nourriture et le système digestif s’est mis au repos, avec ralentissement ou arrêt des sécrétions et mécanismes digestifs. Reprendre une alimentation normale dès la sortie d’un jeûne intermédiaire ou long serait donc d’une violence extrême pour l’organisme. Il faut donc se réalimenter dans un premier temps avec des bouillons et jus de légumes, puis réintroduire les légumes et fruits cuits en purée, puis les féculents, etc. un peu comme un bébé qui passe d’une alimentation exclusive à base de lait à la diversification alimentaire. Plus le jeûne aura été long, plus la reprise de l’alimentation devra être progressive.

Contre-indications au jeûne

Il est contre-indiqué de jeûner notamment en cas de :

  • Grossesse
  • Diabète de type 1
  • Myopathie
  • Anorexie
  • Peur du jeûne
  • Forte dévitalisation

Ceci est un article de vulgarisation et ne fait que survoler le sujet du jeûne. Il est très largement inspiré de l’enseignement que j’ai reçu du naturopathe Robert Masson ainsi que du travail de Thierry de Lestrade et Sylvie Gilman que je vous invite à consulter (livre et reportage vidéo « Le jeûne, une nouvelle thérapie ? »).

 

 

 

 

Partager :